Sylvaine Pascual - Publié dans: Mieux communiquer

Quand la communication dérape, ses ratés polymorphes savent se parer d'atours suffisamment anodins pour passer totalement inaperçus, les fourbes. Car rien de tel que la discrétion pour porter les coups les plus pernicieux.
généralisations abusives

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Parmi ces ratés, la généralisation abusive et sa colocataire, l'induction, ont une apparence inoffensive et pourtant, ne nous y tompons pas, elles sont particulièrement douées pour emmeler les fils de notre communication pour mieux nous y prendre au piège...


De l'induction utile à la généralisation abusive

La généralisation est issue de la logique et permet de déduire un théorème à partir d'axiomes. Utile, donc. Cependant, le raisonnement inductif qui consiste à tirer des conclusions générales à partir de cas particuliers, n'est valable que s'il respecte certaines méthodes de vérification de la validité de sa généralisation.
Celle-ci devient donc très rapidement et très facilement abusive, surtout si elle a pour objet le comportement d'autrui, comme le patron qui dit à son employé, en retard pour le seconde fois cette semaine: "Dupont, vous êtes toujours en retard".
On reconnaît en effet facilement la généralisation abusive à ses toujours, jamais et autres expressions assez absolues pour ne souffrir aucune exception.
Rien de bien dramatique, jusqu'ici? Pas si sûr. Car la généralisation abusive fait des dégats à tous les étages, autant dans la communication interpersonnelle que dans la relation aux autres et à soi-même, et autant dans la vie professionnelle que personnelle.



Généralisation abusive et croyances limitantes

C'est la première conséquence malsaine de l'induction. A force de se répéter entre  mecs virils que toutes les nanas sont des chieuses, on a des chances de finir par y croire. Et donc de ne pas voir celles qui ne le sont pas! (de même pour "les mecs sont tous des lâches", les filles, vous n'imaginiez pas vous en tirer à suibon compte, hein?!). Nos convictions limitantes naissent de généralisations abusives que nous créons nous-mêmes, que nous avons héritées de Tante Berta, ou que nous relayons par mimétisme, en nous appropriant celles véhiculées autour de nous.
Le généralisation abusive est particulièrement fréquente dans les différences de genre et mène aussi à tous les amalgames raciaux, religieux etc.



Généralisation abusive et identité

Quand nous tirons une conclusion générale face à un comportement récurrent, il y a de fortes chances de le lier à l'identité de la personne, et si nous en venons à lui en faire reproche, c'est un véritable obus balancé à la figure de son estime. Ainsi un enfant ou à un conjoint à qui on répète qu'il est maladroit, parce qu'il y a six mois, il a cassé par mégarde la théière en porcelaine bleue, unique objet hérité de l'arrière grand-mère, va probalement finir par le croire, ou bien par développer du ressentiment. Ou les deux!
Il en va de même pour les discours que nous tenons vis-à-vis de nous-mêmes.



Généralisation abusive et communication

La phénomène est ultra courant: suite à des non-dits sur un comportement, qu'il soit ponctuel ou récurrent, et qui nous agace, exaspérés, nous finissons par avoir recours à la généralisation abusive. Et là, la communication échoue, à la fois pour le locuteur et pour son interlocuteur. Résultat: la spirale de l'incompréhension et du ressentiment.
Prenons un exemple vraiment cliché: le conjoint à qui on reproche de ne pas faire la vaisselle.
"Tu ne fais jamais la vaisselle". Lui va d'emblée ce souvenir de ce dimanche de juin 2003, quand justement il avait fait la vaisselle, et qu'en plus, ce jour-là, sa belle-mère était là. du coup il y avait plus d'assiettes que d'habitude. Il va donc immédiatement démollir la validité du reproche frauduleux: si ce qu'on me dit n'est pas vrai, je n'ai aucune raison d'en tenir compte. Le risque de se braquer et de refuser le dialogue n'est pas loin!
De l'autre côté, le locuteur a une réaction émotionnelle face à ce comportement, qui montre qu'il a une demande à faire. Et pourtant, il fait une non-demande qui a de fortes chance de le mener à une fin de non recevoir. Au mieux, chacun repart frustré, au pire, nous voilà fin prêts pour une engueulade maison.



Auto coaching: mieux communiquer sans généralisation abusive

Commençons par nous souvenir que toute envie de généraliser révèle une émotion négative en relation avec un événement concret, donc un besoin à combler, et probablement, dans ce genre de cas, une demande à faire, une limite à définir.
Première étape: repérons nos propres raisonnements inductifs abusifs, pour les remplacer ensuite par des pensées et discours plus objectifs, qui nous aiderons à avoir une communication plus assertive.


Obervez-vous vous-même:
Dans quelle mesure faites-vous des généralisations?
Qui concernent-elles, précisément, et en rapport avec quel comportement?
Quelle émotion ressentez-vous face à ce comportement?
Quel discours tenez-vous à ce moment-là?
Que serait-il plus juste de dire?
Quelle demande réelle avez-vous à faire?
Comment la formuler de façon assertive?
Quand allez-vous formuler cette demande?

Pour formuler la demande, le moment où on est au bord de la crise de nerfs parce que le comportement vient de se produire n'est peut-être pas le plus opportun...



Voir aussi:

Communication: la dictature de l'obligation
Les ratés de la communication
Les ratés de la communication (2)
Tous manipulés, tous manipulateurs!


Les dossiers d'Ithaque: Mieux communiquer




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