Related Posts with ThumbnailsSylvaine Pascual - 25 novembre 2009 - Publié dans: Entretenir des relations saines / Mieux communiquer / Objectifs, décisions et solutions



Rappel rapide: le paradoxe d'Abilene, c'est quand plusieurs personnes prennent une décision d'un commun accord alors qu'aucune ne la trouve appropriée. Avant qu'au regard des conséquences de la mauvaise décision nos relations virent au règlement de compte, intéressons-nous à cette dynamique dysfonctionnelle, comment elle se met en place et comment l'éviter.

  

C'est par où, Abilene?

Le mécanisme:
a- Chacun a une idée précise de la décision adéquate ainsi qu'une idée claire de l'invalidité de la solution proposée.
b- Par peur d'être jugé, ostracisé, rejeté, par désir de plaire, aucun ne  parvient à exprimer ce qu'il pense réellement.
c- Chacun reçoit une version fausse de la pensée collective et réagit à cette version erronée.
d- La décision prise en fonction de ce type de désinformation est contraire à ce que chacun veut.

Pas besoin d'un bac + 18 en psychologie pour entrevoir le côté résolument contreproductif de ce type de situation et les conséquences sur les relations!


L'inaptitude à se mettre d'accord

En d'autres termes, c'est l'inaptitude à se mettre d'accord qui est en cause: par peur du conflit, du jugement, de perdre la face, de se faire remarquer, chacun préfère remettre ses doutes ou ses alternatives dans sa poche avec son mouchoir par-dessus et adopter une mauvaise décision qui ne résoud pas la situation et génère des tensions. De là à rejeter ensuite la responsabilité de la mauvaise décision sur les autres, il n'y a qu'un pas qu'on franchit sans mollir, dans une sorte de version absurde de la relation victime / persécuteur

A l'intérieur de ce paradoxe, ce sont nos propres mécanismes relationnels qui se dévoilent, avec leurs conséquences négatives potentielles pour tout le groupe ainsi que leurs contradictions.
Ainsi, il est plus facile d'accepter une mauvaise décision et ses conséquences que d'agir en fonction de ses valeurs et de ses convictions. Car alors, on risque (croit-on, puisque les autres ne sont pas d'accord non plus, vous suivez?) de passer pour l'empêcheur de décider en rond, le trouble-fête, le pisse-vinaigre, celui qui doit être viré etc...

Et ce sont bien ces peurs, liées au besoin d'appartenance, qui sont au coeur de nos difficultés à être nous-mêmes, à agir selon nos principes, à dire ce que nous pensons. Elles régissent nos relations et notre façon de communiquer. Le conformisme naît de ce principe: la perte d'individualité au profit de l'appartenance à un groupe.


Eviter le piège de la route d'Abilene

Si absurde que paraisse ce type de situation, il se produit fréquemment dans les organisations humaines, du couple à la multinationale, en passant par les associations, les gouvernements ou les groupes d'amis parce que les enjeux paraissent élevés: personne n'a envie de perdre son job pour avoir contrdit le parton ou de passer pour l'emmerdeur au sein de son groupe de potes.
Car s'exprimer, ce serait prendre le risque d'être exclu du groupe. Pourtant, le remède est pire que le mal dans la mesure ou chacun se retrouve isolé avec son opinion personnelle qu'il/elle ne parvient pas à exprimer. Le paradoxe à l'intérieur du paradoxe, en somme.

1- Responsabilité partagée
La première condition pour sortir du paradoxe est que chacun accepte sa part de responsabilité dans une prise de décision foireuse: il n'y a pas de persécuteur sans victime qui se laisse victimiser, chacun, l'air de rien, accepte le voyage au Kansas en faisant semblant de croire qu'il va y trouver le magicien d'Oz. Quand on se retrouve coincé dans ce paradoxe,cChercher un bouc-émissaire est donc à peu près aussi utile que de déterminer qui de la poule ou de l'oeuf...

2- Objectiver l'évaluation des risques
La seconde est de discerner les risques réels qu'on prend à exprimer son opinion. Ils sont en général bien moindre que ce que nous imaginons, d'autant que nous ne sommes pas seuls à voir l'ineptie de la solution proposée.

3- Exprimer son opinion
Le véritable altruisme ici, n'est sûrement pas d'aller dans le sens d'une mauvaise décision. Pour sortir du paradoxe, ou éviter d'y plonger pieds et poings liés, il est indispensable que quelqu'un s'exprime. Nous pouvons toujours espérer qu'un autre le fasse pour nous. Nous pouvons aussi agir.
Pour être capable d'exprimer son opinion, il est sans doute nécessaire d'avoir une
estime de soi suffisamment solide pour ne pas craindre d'être mis à l'écart, et de disposer d'outils comme la communication assertive ou non violente pour exprimer nos propos en douceur. Et si nous sommes le supérieur hiérarchique, celui dont la réaction peut faire peur, appreonons à recevoir une critique avec grâce de façon à ouvrir les portes aux objections.

Dans quelle mesure vous arrive-t-il de faire des propositions qui ne vous conviennent pas?
Dans quelle mesure vous arrive-t-il d'accepter des décisions qui ne vous conviennent pas?
Qu'est-ce qui vous empêche d'exprimer ce que vous pensez réellement?
De quoi avez-vous besoin pour pouvoir vous exprimez en fonction de vos valeurs et de vos convictions?


Face à une décision commune qui ne vous convient pas:
Qu'est-ce qui vous empêche d'exprimer votre opinion?
Quelles sont vos craintes?
Dans quelle mesure vous exprimer changerait-il le cours des choses?
Que gagnez-vous à ne pas vous exprimer?
Qu'est-ce que ça vous coûte?
De quoi avez-vous besoin pour pouvoir vous exprimer?
Comment l'obtenir?


Voir aussi:

Bien-être et estime de soi
Entretenir des relations saines
Vie professionnelle

Les relations difficiles: le triangle de Karpman
Mieux communiquer: les demandes assertives
Répondre à son besoin d'appartenance sociale
Recevoir une critique avec grâce et dignité
A cache-cache avec soi-même: quand l'action contredit la pensée

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